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Comment se protéger des perturbateurs endocriniens?

Bonjour à toutes et tous. C’est avec plaisir que je vous retrouve cette semaine pour aborder le sujet des perturbateurs endocriniens.

Les perturbateurs endocriniens regroupent une vaste famille de composés, capables d’interagir avec le système hormonal. Ainsi, ces composés affectent potentiellement différentes fonctions de l’organisme : métabolisme, fonctions reproductrices, système nerveux…

Les sources d’exposition sont nombreuses et difficiles à maîtriser. Les conséquences biologiques de ces expositions sont quant à elles encore mal appréhendées et complexes à étudier. C’est pourquoi l’étude des perturbateurs endocriniens représente aujourd’hui un enjeu majeur pour le corps médical et les pouvoirs publics.

Voici quelques chiffres disponibles sur le site « Santé Publique France » :

  • On dénombre actuellement 800 substances qui ont des propriétés de PE avérées ou suspectées
  • 99% des femmes enceintes en France sont imprégnées de phtalates !

Je vous propose de faire le point sur cette problématique :

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien (PE) ?

Selon la définition de l’OMS, un « perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations »

L’INSERM donne cet éclairage sur ce que l’on appelle le système endocrinien : celui-ci regroupe les organes qui sécrètent des hormones : thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse… Il libère ces médiateurs chimiques dans la circulation sanguine, pour agir à distance sur certaines fonctions de l’organisme comme la croissance, le métabolisme, le développement sexuel, le développement cérébral, la reproduction… Il s’agit donc d’un système de communication entre organes. Les perturbateurs endocriniens altèrent le fonctionnement de ce système en interagissant avec la synthèse, la dégradation, le transport et le mode d’action des hormones. Ces molécules se caractérisent donc par un effet toxique non pas direct, mais indirect, via les modifications physiologiques qu’elles engendrent.

Perturbateurs endocriniens

Selon le produit considéré, ils vont :

  • modifier la production naturelle de nos hormones naturelles (œstrogènes, testostérone, HT) en interférant avec leurs mécanismes de synthèse, de transport, ou d’excrétion
  • mimer l’action de ces hormones en se substituant à elles dans les mécanismes biologiques qu’elles contrôlent
  • empêcher l’action de ces hormones en se fixant sur les récepteurs avec lesquels elles interagissent habituellement

La liste de substances suspectées de ce type d’effets est modifiée régulièrement en fonction de la production de nouvelles connaissances. Parmi les 800 PE actuellement répertoriées, on retrouve :

-Certains pesticides (organochlorés, fongicides, herbicides) dont le fameux glyphosate !

-Des plastifiants (phtalates, Bisphénol A), des retardateurs de flamme (PBDE), des revêtements (PFAs)

Des médicaments : Distilbène (utilisé en prévention des fausses couches de 1940 à 1977), des anti-douleurs (paracétamol, AINS, aspirine), des antidépresseurs (Fluoxétine)

-Les dioxines, furanes, PCB,

-Certains produits d’hygiène : il y a le fameux Triclosan utilisé depuis plus de 30 ans comme anti-bactérien, antifongique, antiviral, antitartre et agent de conservation…vous aurez compris qu’on le retrouve dans les dentifrices et cosmétiques. Il y a également le parabène ou les pyréthrinoïdes que l’on retrouve dans les shampooings anti-poux et les traitements anti-puces.

Quels sont les dangers pour la santé et l’environnement ?

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés de contribuer à de nombreuses pathologies chroniques ou du développement. Face à ces enjeux de santé publique, une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) a été mise en place en France depuis 2014.

Notons également qu’un réseau multidisciplinaire baptisé Human Reproductive health and Global Environment Network (HURGENT) a été créé dans le but de concevoir un système européen de surveillance des indicateurs de santé reproductive.

Les indicateurs retenus pour cette surveillance de la population sont : les cancers de la prostate et du sein, le ratio entre les sexes F et M, l’endométriose et les fibromes utérins, la puberté précoce et les modifications des taux d’hormones de reproduction et les troubles de la fertilité.

Le syndrome de dysgénèse testiculaire est également surveillé avec notamment les malformations du penis, la non-descente des testicules dans l’enfance ou encore une qualité de sperme diminuée

Evidemment, à l’énumération de cette liste, on comprend bien qu’il est difficile d’échapper à l’exposition aux PE puisqu’on les retrouve presque partout ! Mais alors, que faire en attendant que la réglementation évolue  ??? Je vais bien évidemment vous donner quelques conseils !

Comment réduire son exposition aux PE ?

  • Tout d’abord, 80% de l’exposition aux perturbateurs endocriniens se fait par le biais de l’alimentation  et vous avez un pouvoir d’action sur vos choix alimentaires :

-Renoncer aux préparations industrielles et privilégier définitivement les aliments biologiques, de proximité (sans agent de conservation) et frais plutôt que transformés. A défaut, vous pouvez éplucher vos fruits et légumes pour réduire votre exposition.

-éviter également les boîtes en plastique pour conserver vos plats au réfrigérateur ou les réchauffer au micro-onde !

-Quand un produit n’existe que sous forme emballée (lait de vache, lait végétal, jus de fruits, yaourt, fromage, charcuterie, plat préparé), préférer le verre à tout autre contenant : la plupart des PE migrent facilement dans la graisse, et ce transfert est d’autant plus important que le contact avec l’aliment est prolongé.

– De même, bannir les conserves et les cannettes dont la surface intérieure est revêtue d’un film plastique.

– Limiter la consommation des produits dérivés du soja (une portion une à deux fois par semaine) et préférer le soja lactofermenté : leur excès expose à une hypothyroïdie notamment. Les produits dérivés du soja non fermenté contiennent des inhibiteurs de la digestion. Ils renferment aussi de l’acide phytique, substance qui a pour effet de réduire considérablement l’absorption des minéraux indispensables (zinc, cuivre, magnésium, calcium, fer).

-Si vous en consommez, je vous conseille de limiter la viande rouge et de charcuterie à 200 g par semaine et celle des produits laitiers à une portion par jour, en veillant à ce qu’ils soient issus de la filière bio, car ceux-ci sont beaucoup moins imprégnés de dioxines.

Sachez que c’est dans la graisse que l’on va retrouver majoritairement les PE donc avant de cuire la viande, en ôter la graisse, car il n’est jamais exclu qu’elle recèle des traces de PE.

-Du fait de l’extrême pollution de l’océan par les métaux toxiques et les PE, consommer de préférence :

Des poissons à la chair foncée (riches en oméga-3) et de petite taille (100 g trois fois par semaine), car la teneur de leur chair en polluants est nettement plus faible : anchois, hareng, maquereau, pilchard et sardine

  • Vigilance sur le choix des cosmétiques et dentifrice.

En effet, plus de la moitié des cosmétiques contiennent des perturbateurs endocriniens. Là encore, « les labels bio sont à privilégier. Ils ne sont pas parfaits, mais reposent sur un cahier des charges plus strict ».

Notez que « Le vernis à ongles est le produit cosmétique qui contient le plus de perturbateurs endocriniens susceptibles de passer dans l’organisme », Selon une étude d’octobre 2015 et réalisée par des chercheurs de l’université de Duke (Etats-Unis). Il s’agit notamment du triphenyl phosphate (TPHP) utilisé pour rendre le vernis plus souple et améliorer sa tenue. Il passe sous la peau, jusqu’à se retrouver à une concentration élevée dans les urines jusqu’à 14 heures après la pose du vernis.

Lingettes, crème et lait pour le lange, eau nettoyante… Une enquête de 60 Millions de Consommateurs révèle que de nombreux produits de soin destinés aux jeunes enfants ne respectent pas les recommandations sanitaires et contiennent encore certaines substances toxiques et des perturbateurs endocriniens.

Les bébés sont particulièrement vulnérables et pour les protéger il est recommandé de privilégier les produits labélisés (Cosmébio, Ecocert, Nature & Progrès…) sans parfum, parabènes, etc. La liste complète des marques à éviter est dans le magazine 60 Millions de consommateurs n°498. Vous pouvez aussi fabriquer votre propre cosmétique avec des ingrédients simples et peu couteux ! Par exemple, le liniment utilisé pour nettoyer les fesses de votre bébé n’est autre que de l’eau de chaux, de l’huile d’olive et de la cire d’abeille !

  • Nettoyer votre maison à l’ancienne !

Pour limiter son exposition aux perturbateurs endocriniens, rien de tel qu’un bon ménage de printemps. Et côté entretien de la maison, la solution tient en trois ingrédients : vinaigre blanc, bicarbonate de sodium et savon noir. Pour des taches plus incrustées, par exemple, vous pouvez utiliser de l’eau plus chaude, ou prendre du savon noir lorsqu’il s’agit de dégraisser.

Aérer votre maison tous les jours, même l’hiver, plutôt que de diffuser un parfum synthétique ou un désodorisant.

Eviter également les revêtements plastifiés pour le sol et les murs. Ces revêtements risquent de contenir des phtalates. Pour les meubles, enfin, il faudrait idéalement préférer le bois brut sans vernis.

  • Vigilance sur le choix des vêtements et des jouets

Certains produits, comme le pentachlorophénol, ne sont pas autorisés dans l’Union européenne mais se retrouvent tout de même sur les textiles.

Premier conseil : « Lavez vos vêtements avant de les porter pour la première fois. » Même lorsque vous privilégiez les fibres naturelles et biologiques car « le coton peut être bio mais la teinture polluante ».

Pour les jouets, comme le dirait Florence Foresti, préférez-les en bois d’arbre ! autrement dit brut, non vernis. S’ils sont en plastique, veillez à ce qu’ils portent la mention « sans PVC » ou « sans phtalates » Autres astuces, laissez-les s’aérer pendant plusieurs jours avant de les donner à votre pitchou.

Voilà pour cette note d’informations. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les adresser sur mon site internent.

Sources :

Santé Public France, le magazine Alternatives Santé, Site de l’INSERM

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Moins de cancers observés chez les consommateurs réguliers d’aliments BIO?

En 2015, l’Agence Internationale de recherches contre le Cancer a classé 3 pesticides agricoles comme des agents probablement cancérogènes (Classification CIRC : groupe 2A). Il s’agit du glyphosate, du malathion (associé au cancer de la prostate) et du diazinon (associé au cancer du poumon). Ces 3 produits chimiques sont également associés au cancer du système lymphatique.

Or, la principale source d’exposition de la population aux pesticides est la voie alimentaire. Aux USA, 90 % de la population présentent des traces détectables de pesticides dans les urines et le sang!

Des essais croisés ont montré que le passage à une alimentation issue de l’agriculture biologique permet de réduire les concentrations urinaires de pesticides, ce qui souligne la voie d’exposition par l’alimentation comme pertinente.

Une étude réalisée en France montre une diminution du risque de cancer observée chez les consommateurs d’aliments bio. Voici les grandes lignes de cette études : 

  • 68 946 adultes dont 78 % de femme et 22% d’homme, moyenne d’âge 44 ans
  • Références de 16 produits BIO alimentaires
  • Fréquence de consommation entre le 10 mai 2009 et le 30 novembre 2016 : Jamais, occasionnelle, souvent
  • Un score a été attribué : de 0 à 32 points

Au cours des 7 années de suivi (2009-2016), 1 340 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25% du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels.

Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données :

  • la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparés aux aliments bio.
  • des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bio.

Les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes. Néanmoins, ces résultats soutiennent les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) émises en 2017 pour les futurs repères alimentaires du Programme National Nutrition Santé (PNNS) visant à privilégier les aliments cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides pour les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers complets.

A ces études s’ajoutent les résultats d’analyses effectués par « Eau Bretagne ». L’un des objectifs de l’étude était de quantifier le nombre de molécules de la famille des triazines et des insecticides organophosphorés retrouvés dans les urines de femmes enceintes. Ce graphique décrit le pourcentage d’urines pour lesquelles 1 à 28 molécules sur les 52 analysées ont été détectées.

INVS-molecules-femmes-enceintes
Nombre de pesticides organophosphorés retrouvés dans les urines de femmes enceintes

Les résultats de l’étude Pélagie réalisée en Bretagne entre 2002 et 2006 montrent qu’environ 40 % des femmes enceintes ont 6 à 9 résidus de pesticides phosphorés dans leurs urines, 15 % entre 10 et 11 molécules… Seulement 1,8% des femmes enceintes testées ont montré l’absence de résidus de pesticides phosphorés dans leurs urines. Cela donne matière à réflexion sur notre mode de production alimentaire…

Sources :

Organic Foods for Cancer Prevention—Worth the Investment? JAMA international Medecine, 22 octobre 2018

Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio

http://www.observatoire-eau-bretagne.fr/Media/Donnees/Donnees/Nombre-de-molecules-de-pesticides-analysees-dans-les-urines-des-femmes-enceintes-en-Bretagne/%28categorie%29/29403